Les espaces pour la vie: Retour d’expérience de la 7ème édition de l’École d’été Montréal-Barcelone

Par :
Diane Russel

Maxime Blackburn-Boulianne

Étudiants à la M.Sc., HEC Montréal

 

 Suite au 5@8 Mosaic du 1er octobre 2015

Depuis déjà 7 ans, l’École d’été en management de la créativité dans une société de l’innovation voit graduer de nouvelles cohortes qui ont travaillé et qui travaillent sur des projets créatifs de grande actualité. Chaque année après les sessions intenses de travail collectif en équipe durant l’École d’été, les cohortes se retrouvent dans le premier 5 @ 8 Mosaic de l’année pour présenter l’avancement de leurs projets en terrain concret. Cette année, c’est sur le thème des « espaces pour la vie », basé sur un manifeste du même nom, que les étudiants ont œuvré. Ainsi, 4 équipes, basées à Montréal, nous ont présenté les principaux résultats issus des projets travaillés durant l’École d’été.

  • Équipe de l’Espace pour la vie de Montréal (regroupant le Biodôme, l’Insectarium, le Jardin botanique et le Planetarium Rio-Tinto Alcan)  avec Charles-Mathieu Brunelle, représenté par Anne Charpentier
  • Équipe de la « Zone Bleue » du Campus Outremont de Montréal avec Marie-Odile Duscheneau et Gabriel Bouffard
  • Équipe du Quartier de l’innovation (QI) avec Félix Trudeau Geoffroy et Arianne Lapierre
  • Équipe de la place Ville-Marie avec Gersende Flechet

 

L’espace pour la vie de Montréal

La meilleure façon de résumer la présentation de l’Espace pour la vie de Montréal est probablement de s’inspirer du manifeste de l’espace pour la vie. « Nous avons la nature à cœur. Nous reconnaissons que l’humain en est une partie intégrante. Dans chaque institution, le visiteur est appelé à vivre une expérience qui nous offre l’occasion d’encourager des gestes propices au maintien de l’équilibre naturel. Nous avons un rôle de premier plan à jouer dans la recherche de solutions aux problèmes auxquels la nature est confrontée. Dans l’éveil des consciences aussi. C’est notre responsabilité et nous avons l’intention de l’assumer, car nous sommes profondément préoccupés par l’avenir de l’humanité. Pour ne jamais perdre de vue ce dessein, nous avons voulu consigner ici ce qui, nous croyons, nous permettra de le concrétiser. Ainsi nous nous engageons à faire en sorte que davantage encore, les gens qui nous côtoient aiment la nature dans toute sa diversité, sa complexité et sa beauté. Nous nous engageons à rendre évidents les liens qui unissent tous les éléments de la nature Nous nous engageons à mettre en lumière, sans relâche, l’importance de la relation entre l’être humain et la nature.»

Ainsi, lorsque l’on parle d’espace de la vie, il s’agit de relier notre espace et le créer, le voir et le percevoir par l’ensemble des parties prenantes. Le projet portait principalement sur la conception de la Grande Place de l’Espace pour la vie, avec l’objectif de réaliser la première place mondiale dédiée à l’humain et à la nature (Ouverture progressive d’ici 2017). Reliant les quatre institutions, la Grande Place proposera une nouvelle façon de circuler, de se rassembler, d’habiter les lieux, de bâtir, d’apprivoiser le quotidien. Sa configuration, toujours en évolution, sera basée sur la participation citoyenne. La proposition de valeur de l’équipe repose sur le principe que ce lieu de passage soit un lieu agréable, animé ayant pour objectif de faire vivre la place de manière autonome et que les personnes qui la traversent se reconnectent à la plus belle conception de ce qu’est la nature, en respectant les sous-objectifs suivants : proposer une nouvelle façon de se rassembler, une nouvelle façon d’habiter les lieux, une nouvelle façon de bâtir, une nouvelle façon d’interpeller, et une nouvelle façon d’apprivoiser le quotidien.

 

Le Campus Outremont

Le projet porte sur le développement du Campus Outremont, nouveau site de l’Université de Montréal, qui sera réalisé sur l’ancienne gare de triage ferroviaire située à l’interaction de différents quartiers de Montréal (Outremont, Mont-Royal et Villeray Saint-Michel Parc-Extension). Ces quartiers ont des contextes économiques, sociaux, et culturels très différents. La communication entre les différentes communautés résidant au voisinage du Campus sera en partie assurée par un espace pour vie sous forme d’un « passage» entre les stations de métro Outremont et Acadie qui facilitera les échanges et interactions de tous ordres. La mission confiée à l’équipe était de réfléchir à l’intégration de ce campus dans cet environnement culturel et social à la fois riche et complexe. L’équipe a proposé un projet développée sous le titre « la Zone Bleue » en suggérant la conception et la mise en place au sein du Campus Outremont de deux zones d’interprétations : une zone  d’inspiration culturelle (la zone « Pacifique ») et une zone d’inspiration sociale (la zone « Atlantique »). Ces deux zones seraient alors deux niveaux de communautés qui  représenteraient le « middleground » où la zone Pacifique serait responsable des stratégies émergentes tandis que la zone Atlantique s’occuperait des stratégies planifiées. L’important est qu’entre ces zones et au sein de ces zones  les différentes communautés qui cohabiteront dans le Campus Outremont puissent communiquer entre elles.

 

Le Quartier de l’innovation (QI)

Le Quartier de l’innovation (QI) se veut le quartier où l’on regrouperait l’innovation, l’action et la collaboration. Il ne s’agit pas ici d’un centre de service, mais bien d’un lieu propice à l’expérimentation qui regrouperait plusieurs possibilités pour les personnes ayant une idée et souhaitant la concrétiser. Il y aurait donc tout d’abord l’opportunité d’être accompagné. Ensuite, au travers de différents évènements organisés, les nouveaux entrepreneurs pourraient alors présenter leurs idées devant une large communauté de PMEs, start-ups et investisseurs. Tout au long de leur processus, le quartier de l’innovation mettra à disposition des outils technologiques, des solutions informations afin d’aider les jeunes entreprises à être d’un plus haut niveau. Enfin, il sera aussi possible d’avoir accès à des formations personnalisées en tout temps. C’est ainsi que le quartier de l’innovation est la représentation d’un parcours d’activités avec des objectifs à court et à long terme, pour évaluer les performances et processus créatifs.

 

La transformation de la place Ville-Marie

Il ne faut jamais oublier que les bâtiments d’une ville servent d’environnement de vie avant d’être utilisés par des entreprises pour assurer leur administration. Dans un souci de créer un monde à échelle humaine, les étudiants de l’École d’été en management de la créativité 2015 ont passé deux semaines à se demander: comment transformer un carré de béton en un endroit qui puisse capturer un instant de la vie des gens qui y passe, bref, leur faire vivre une émotion?

Leur réponse: En aménageant un espace urbain où l’art occupe une place de choix et qui est impossible à ignorer. En aménageant un espace urbain qui soit conçu pour les gens, qui encourage les interactions et les rencontres improbables, qui font qu’une journée banale de travail puisse devenir une opportunité de rencontrer quelqu’un de nouveau et peut-être de développer un nouveau projet?

 

La High line de New York

Durant la deuxième partie de la soirée, Patrick Cohendet et Laurent Simon ont fait un retour sur l’École d’été et les espaces pour la vie. Ils nous ont ensuite présenté un exemple d’espace pour la vie en nous racontant l’histoire de la High line de New York, un parc urbain suspendu de 2.3 kilomètres construit sur d’anciennes voies ferrées désaffectées.

L’histoire de la High line

Dans les années 1930, le quartier des abattoirs de New York était encombré de piétons, chevaux, automobiles, camions et aussi avec le train. Afin de diminuer les encombrements et les nombreux accidents (la 10ème avenue était alors surnommée « l’avenue de la mort »), la ville a décidé de créer une voie ferrée aérienne. La High line a été construite et ouverte aux trains en 1934. Toutefois, suite à l’abandon de la High line en 1980, elle était devenue décrépite, inutilisée et couverte de mauvaises herbes et de plantes éparses. Sous l’administration du maire Giuliani, la décision de détruire la High line fut prise.

Implication citoyenne

Mais, en 1999, des citoyens de New York ont formé l’association des « friends of the High line ». Une association à but non lucratif avec comme but de sauver la High line et d’en faire un parc suspendu en plein cœur de New York. La communauté a accueilli le projet à bras ouvert, si bien qu’en 2004, le maire Bloomberg n’a pas eu d’autre choix que d’accepter le projet et d’attribuer le financement nécessaire. De plus, il coûtait sensiblement le même prix, de renouveler la vieille ligne de train en promenade suspendue, que de la détruire.

Impacts

Cette promenade urbaine en plein cœur d’un quartier défavorisé a complètement transformé le quartier. Comme cette promenade attirait beaucoup de touristes, plusieurs commerces ont ouvert boutique transformant ainsi le profil économique et social du quartier. Dû à la popularité du quartier, plusieurs autres projets comme des musées ont été entrepris le long de cette promenade. La High line est officiellement le plus long toit vert du monde. En plus d’être une promenade qui offre un peu de nature en plein milieu de la ville, il permet une grande rétention des eaux de pluie, combat le réchauffement climatique et l’îlot de chaleur, fournit de l’ombre et de l’oxygène ainsi qu’un habitat naturel pour la faune. Finalement, la High line sert aussi à la présentation de spectacles et d’exposition d’œuvre d’Art. Bref, la High line de New York est un exemple puissant de projet d’espace pour la vie demandé et porté par une communauté.